"un beau résultat ne doit pas masquer la faiblesse de l'ensemble" (Marie-Claire Germanaud au congrès AIFBD - II)

Publié le par CFI

Nous poursuivons la publication de la communication exceptionnelle prononcée par Marie-Claire Germanaud au Congrès de l'AIFBD de Montréal à l'été 2008. Exceptionnelle car elle revenait sur douze ans d'action du CFI. Exceptionnelle car, à l'issue d'une étude fouillée, elle présentait une tentive d'auto-évaluation de cette action.
Intitulée " naissance et développement d'un réseau de langue française à l'IFLA, 1996 - 2008", elle portait le sous-titre : "contribution à la diversité linguistique de l'IFLA/FIAB".
Nous publions ci-dessous la première partie de cette intervention : "le contexte linguistique de l'IFLA".

 

Entre le discours et la réalité

 

Les professionnels de langue française se confrontent à un double problème, les deux facteurs s’aggravant mutuellement

 

- l’IFLA parle anglais, reflétant un état de fait qui dépasse les bibliothèques : très largement, la langue des sciences de l’information est l’anglo-américain. Statutairement, depuis 2006, la Fédération reconnaît 7 langues : l’anglais, le français, l’espagnol, l’allemand, le russe, l’arabe et le chinois, sa politique affichée est le multilinguisme. Dans les faits, tout est en anglais : non seulement la plupart des séances se déroulent dans cette langue, mais tous les documents reçus par les adhérents sont en anglais. Des progrès ont été accomplis ces dernières années, notamment pour le site Internet mais, globalement, la disponibilité des informations en langue française reste faible.

 

- les francophones sont peu visibles. Même sans statistiques précises, on se rend vite compte qu’il y a peu de communications en français, peu d’élus francophones dans les comités permanents des sections, et parmi eux, peu ont des responsabilités. Les élus français sont une bonne illustration de cet état de choses : seuls 4 d’entre eux sur les 32 élus en 2007 ont des responsabilités.

Certes, nous avons fait un saut important en 2007 avec la présence au Conseil d’administration de 4 membres francophones (3 élus et un membre de droit) alors qu’un seul siégeait dans les configurations précédentes mais ce beau résultat ne doit pas masquer la faiblesse de l’ensemble.

 

De l’hégémonie à la reconnaissance mutuelle, un long chemin à parcourir

 

Face à cette situation, on peut observer deux courants :

- ceux pour qui l’anglo-américain est désormais la langue de communication scientifique universelle. Dans cette optique, il est inutile de se battre pour une cause perdue d’avance (l’usage du français), il faut plutôt se mobiliser pour promouvoir la bibliothéconomie française et francophone, de façon à être compris par le plus grand nombre, c’est à dire en anglais.

- ceux pour qui la diversité des langues est un facteur essentiel d’une participation réellement internationale, partant du principe que l’impérialisme du langage va de pair avec l’impérialisme de la pensée. Une langue n’est pas un réceptacle neutre, elle agit sur le contenu qu’elle véhicule. Des francophones à qui la section impose l’anglais pour un exposé savent bien que leur expression, correcte sur le plan linguistique, ne rendra pas fidèlement compte de leur pensée car leur vocabulaire reste limité en anglais.

Le Comité français IFLA se situe clairement dans le deuxième courant ; pour éviter les malentendus, quelques précisions s’imposent :

 - toute idée d’une lutte frontale entre le français et l’anglo-américain, menée au nom d’un patriotisme franco-français est à écarter. Nous ne nous battons pas pour que tout le monde parle français mais pour que toutes les langues puissent trouver leur place à l’IFLA, c’est ce qu’on appelle le multilinguisme ; dans cet esprit, nous sommes solidaires des autres communautés linguistiques. L’IFLA express est un bon exemple, nous avons arraché, en 1996, très difficilement, sa traduction en français, nos collègues hispanisants et russophones se sont engouffrés dans la brèche. C’est un beau résultat.

- l’utilité d’une langue commune d’échanges n’est pas en cause, c’est le cas de l’anglais, après le latin, puis le français. Certains échanges ne peuvent avoir lieu qu’en anglais, parce que c’est le seul langage commun à tous les participants et tout le monde apprécie cette facilité. Les francophones font beaucoup d’efforts pour comprendre et parler l’anglo-américain et ils continueront parce que l’usage de l’anglais fait partie de la vie professionnelle courante. Ce que nous contestons, c’est l’impérialisme ; à partir du besoin réel d’un véhicule commun pour des locuteurs de langues différentes, l’hégémonie d’une langue s’est installée, de l’anglais obligatoire pour toutes les réunions à la signalisation de la conférence annuelle en passant par l’annonce des élections.

- nous souhaitons que tous les professionnels qui ne sont pas anglophones ou qui le sont avec difficulté ne se sentent pas étrangers dans la fédération. Nos collègues anglophones ne peuvent-ils également faire quelques efforts ?

 

 les recommandations de l’UNESCO pour le multilinguisme

 

 Le multilinguisme n’est pas une invention des bibliothécaires francophones de l’IFLA. C’est une des recommandations de l’UNESCO, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles adoptée en 2001 et ratifiée par la quasi-totalité des pays précise que « la diversité linguistique est un élément fondamental de la diversité culturelle ». Dans un autre document, l’Unesco indique que « le multilinguisme est d’une importance stratégique vitale pour le développement d’une authentique société de l’information. Promouvoir l’utilisation de nombreuses langues est le seul moyen de bien gérer la mondialisation de toutes les activités humaines, d’une part parce que la langue maternelle joue un rôle essentiel dans l’élaboration de la pensée et de l’autre parce qu’il est indispensable de préserver la diversité culturelle de l’humanité, dont les langues sont le facteur primordial ».

 

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